
-Mesk-Ellil: Bonjour Nime, d’où te vient ce pseudo? Peux-tu nous parler un peu de toi?
-Nime: Bonjour, je m’appelle « Benabdelhmid Mohamed el Amine » et malheureusement les cases en bande dessinée sont trop petites pour que je puisse signer d’un nom aussi long (rire). Il me fallait donc un « pseudo-Nime ».
En 2007, suite à 4 année d’études, j’ai eu mon diplôme au Beaux-Arts d’Oran (option sculpture)
Depuis, je suis passionné d’art numérique, et de Bande Dessinée.
-M-E: Qu’est ce qui a déclenché ta passion pour le dessin en général et la B.D en particulier?
-Nime: Il n’y a pas eu de déclic, aussi loin que mes souvenirs me le permettent.
Je me souviens pourtant avoir toujours aimé dessiner dès mon plus jeune âge, vers 5ans.
Mon père lisait beaucoup de BD, la bibliothèque du salon était donc bien garnie: des albums (Slim, Astérix, Tintin, et autres dessinateurs franco-belges..) que j’ai d’abord commencé par feuilleter, puis lire.
Même si j’avoue n’être pas un grand lecteur de BD, celle-ci reste pour moi le meilleur moyen d’expression graphique, ou du moins celui dans lequel je me sens le plus à l’aise.
-M-E: Tu as un style particulier, très coloré, peux-tu nous expliquer ta méthode de travail?
-Nime: Je travaille la plupart du temps en numérique (tablette graphique + PC).
Pour ce qui est du style graphique dans mes BD, je n’y prête que peu d’attention, contrairement à l’illustration que je préfère privilégier, pour laquelle, donc, je m’applique beaucoup plus.
Ce qui compte pour moi dans la Bande Dessinée, c’est vraiment « la façon » de raconter une histoire. Peu importe, le dessin n’est là que pour valoriser le texte. Je pense que le style d’un auteur de BD ne se résume pas qu’au trait d’un dessin. Alors, du coup, graphiquement, je m’amuse, j’essaie plein de rendus, (couleurs, noir et blanc, teintes).
Je ne cherche pas à développer mon propre style graphique.
-M-E: Comment expliques-tu le fait que tes planches soient proposées en français?
-Nime: Ma priorité et ma cible sont « le lecteur algérien » qui parle aussi bien arabe que français, (et souvent les deux mélangés).
Dans mes planches j’essaie de saisir ce jargon propre aux Algériens. Je n’hésite donc pas à introduire des lettres en arabe dans des phrases en latin. Je trouve que c’est assez représentatif. Au final ce n’est ni vraiment du français, ni vraiment de l’arabe.
-M-E: Dans une de tes planches tu dessines « l’angoisse de la plage blanche », comment arrive-t-on à y faire face au final ? En somme quelles sont tes sources d’inspiration?
-Nime: Ahhh ! la feuille blanche (rire). Je connais cette angoisse que depuis que je publie dans El Watan week-end. Avant, je faisais des planche de temps à autre pour le plaisir, quand l’idée voulait bien se présenter, alors que maintenant je dois trouver une idée toutes les semaines. J’’avoue que ce n’est pas toujours facile. Dans ces moments-là, je définis un sujet précis que je ne m’autorise plus à changer. De plus, je ne suis pas scénarise, alors je me contente de raconter ce que je vis, ce que je vois.
Je m’inspire de mon entourage, le comportement des gens est tellement intrigant…Au final je crois que la plus banale des histoires peux devenir intéressante si on trouve la bonne façon de la raconter.
-M-E: En parcourant ton blog j’ai remarqué que tu dénonçais de plus en plus les travers de la société algérienne! Corruption ! Abus de pouvoir! Situation de la femme algérienne ! Est-il facile d’aborder des thèmes aussi sérieux à coups de crayon? Au final quelle est, à ton avis, la place du dessin satirique en Algérie?
-Nime: Les sujets qui me touchent « personnellement » me poussent à dénoncer.
Ça peut paraître contradictoire mais…je dénonce par amour. Je suis un pur nationaliste, j’aime mon pays que je ne quitterai pour rien au monde.
M-E: Est-ce facile de dénoncer en Algérie?
-Nime: Jusqu’à aujourd’hui, aucune de mes publications (dans le journal El Watan week-end) n’a fait l’objet d’une censure, donc je continue à m’exprimer librement, et c’est tant mieux car il ne faut pas dramatiser. En réalité ça ne reste que de la BD: j’essaie de mettre en bulle le vécu commun des Algériens. Le but est d’en faire rire certains, et d’en pousse d’autres à la réflexion, sur ce que nous sommes devenus, ou ce que nous vivons 50ans après l’indépendance.
-M-E: As-tu déjà eu la tentation de modifier ou supprimer un dessin que tu avais mis en ligne sur ton blog?
-Nime: Jamais. A part ceux où il y a des fautes d’orthographe.(rire)
-M-E: Tu as la dent dure envers le F.I.B.D.A! Comment expliques-tu tes mésaventures lors de ce festival?
-Nime: Encore une fois ce que j’ai raconté à leur sujet est VRAI.
Je persiste et je signe: il suffit de relire les planches pour comprendre un peu comment le
FIBDA traite les jeunes auteurs de Bande Dessinée en Algérie.
Avec le recul je trouve que c’est un peu logique: dans tous les pays du monde, on met à la tête de ce genre de festival des gens du même domaine. Ce sont les cinéastes qui organisent les festivals de cinéma, les musiciens qui organisent les festivals de musique…
Chez nous on fait plus confiance à des hommes et des femmes d’affaires, qui jusque-là n’avaient aucune notion de la BD. C’est triste, et personnellement je ne remettrai plus les pieds là-bas.
-M-E: Quels sont tes projets à venir?
-Nime: Normalement, je serai à la maison des auteurs d’Angoulême (de septembre 2012 à mars 2013) pour la réalisation de mon album de Bande Dessinée. J’espère que cela va pouvoir se réaliser : publier un album de BD serait un aboutissement pour moi. Ensuite, je passerai à autre chose.
-M-E: Pour finir, « Edènya* » est-elle vraiment « Bent el kelb² »?
-Nime: Plus maintenant … Avant oui, denya bent el kelb pour les nuits blanches que j’ai passées à travailler, pour toutes les fois où j’ai dû bosser gratuitement pour me faire un nom.
Aujourd’hui, je vis pleinement ma passion « elhamdoulillah ». Je suis comblé et je ne manque de rien
Propos recueillis par E-mail.

*Edenya bent el kelb: La vie est injuste!